L'Attelage Pédagogique

cheval 
©Laurence Grard Guenard

   roue santé   A la mode, à la mode    


Ce n’est pas pour planter des choux, mais presque …

La mode de l’éthologie, du pied nu, de l’homéopathie pour chevaux, et l’ostéopathie équine…

Chaque mode n’a absolument rien inventé, mais trouve par contre un grand intérêt dans le fait d’être très lucrative !

Au début de la « démocratisation » de l’équitation, quand, de militaire, elle est devenue sportive et civile… avant de devenir un loisir, au début de cette ère nouvelle pour notre sport, les pratiquants, d’un niveau social aisé, ne s’intéressaient pas du tout à ce qui entourait la pratique elle-même, à savoir : préparer son cheval, savoir s’en approcher, savoir quels soins faire, savoir seller et brider, comment un cheval fonctionne et vit. Ils ne s’intéressaient à rien, ni à ce que le cheval mangeait, de quels vaccins il avait besoin, quelle était sa ferrure, quand fallait-il la renouveler, en existe-t-il des différentes, comment reconnaitre et soigner une plaie…

Consommer des heures où les fesses sont placées dans une selle… et pour le reste … le moins possible. Le jeu est bien joué par les centres équestres : les heures s’enchainent, les chevaux sont prêts d’une heure sur l’autre, les professionnels prennent en charge tout le quotidien des chevaux même ceux des propriétaires : quel aliment, quelle ration, quel matériel… Les centres équestres savent, mais s’adaptent et ne proposent pas ce que les gens ne veulent pas consommer, c'est-à-dire tout la théorie et la pratique à pied.

Et la roue tourne. Les gens veulent maintenant retourner à la nature. Sport de plein air par excellence, l’équitation séduit toutes les tranches sociales, chacun ayant même actuellement la possibilité de devenir propriétaire en récupérant pour le prix de la viande les chevaux reformés des courses de galop ou de trot, et de le déposer dans un pré, solution fort économique.

Des anciens cavaliers de clubs, qui n’ont jamais appris à éduquer un cheval, aux propriétaires tout neuf qui prennent cet herbivore pour un gros nounours, les problèmes commencent : des problèmes comportementaux, des problèmes d’éducation, des problèmes techniques, des problèmes de santé… Ces propriétaires ne se tournent évidemment pas vers les professionnels de la filière pour les résoudre, jugés brutaux sur quelques mauvais exemples,  ou bien carrément incapables d’avoir la solution, simplement parce qu’ils ne présentent alors pas cet enseignement dans la filière fédérale de l’époque. Ou bien, il faut lire.

Oh magie, la promesse américaine débarque en chuchotant, avec des démonstrations révolutionnaires et surtout spectaculaires, et résout avec un tour de « carotte-stick » tous les problèmes.

L’animal a pris une place prépondérante dans la vie de tous les jours, et même dans la vie familiale, il est devenu l’objet de toutes les attentions, bonnes et mauvaises habitudes. La clientèle ne manque donc pas pour ces savants « éthologues » qui s’approprient à grand renfort de marketing un marché foisonnant ! Même la fédération tombe dans le panneau. Au lieu de défendre notre patrimoine culturel et équestre, représenté par les grands maitres d’équitation européens, humbles, sensibles et à l’écoute du cheval, les instances de la discipline ont préféré jouer sur la vague à la mode : création de galops à toutes les sauces, création de diplômes et de brevets, dont les passages sont évidemment toujours lucratifs.

De la même façon, cela fait des décennies que des chevaux de loisirs vivent au pré avec un parage de « pâture » fait par un maréchal ferrant. Sans contrainte supplémentaire ces chevaux sont tout à fait capables de travailler sans boiter. La plupart des propriétaires sont absents pendant le travail du maréchal, portant peu d’intérêt aux sabots de leurs équidés en dehors du curage quotidien, du moment qu’ils peuvent se servir du cheval, et ils s’en servent ! Par quelle supercherie les pareurs pieds nus (PN) en sont arrivés à nous faire croire qu’il fallait absolument que le petit pur sang, le grand trotteur, le Camargue et le shetland aient des pieds de MUSTANG ??? Grâce à une pseudo-philosophie diabolisant le fer et prônant un retour aux sources, à la nature, à la vraie nature, la leur…  Les PN n’ont rien inventé, ils vendent juste un discours, et font parfois plus mal que les maréchaux, leur formation étant bien souvent très succincte. Certains vanteraient d’avoir eu une formation sérieuse. Ce ne sont que des pareurs de la petite semaine, exerçant par ailleurs un autre métier, ils voudraient nous faire croire qu’en amateur, leurs connaissances dépassent celles de  « pro », et que leur expérience limitée est également meilleure.

Les PN ont même décrété qu’eux seuls avaient une véritable approche holistique du cheval ! Comme si personne avant eux ne s’était posé la question de savoir, quoi, dans la vie du cheval, pouvait améliorer sa santé et ses conditions de vie. Et surtout de retourner à la face des professionnels du cheval qu’ils ne font pas ce qu’il faut pour le bien-être du cheval. Or, les professionnels du cheval, non dénués de savoirs, eux, n’ont fait que répondre à une demande de consommateurs paresseux : paresseux d’aller chercher un cheval au pré et dont le pansage prendra un temps certain, paresseux d’avoir le matériel à un endroit, le cheval à l’autre et l’aire de travail encore ailleurs… pressés, paresseux, vite, pratique, voilà ce qu’il fallait faire.

Et le consommateur a changé ! OUF !!! Enfin, certains seulement … Respirons, sautons sur l’occasion, ré-ouvrons des paddocks autour de toutes les écuries, créons un nouveau label de qualité (de vie des équidés) pour les écuries de propriétaires… Ne restons pas coincés dans un système obsolète, ressortons nos idéologies et nos convictions profondes sur la vie du cheval telle qu’elle devrait l’être même si, les pieds sur terre, nous savons n’être que des passionnés utopistes. En attendant, si les professionnels du cheval ne s’étaient pas adaptés à la demande de consommateurs pressés et paresseux, resterait-il encore beaucoup de chevaux pour le loisir, et le nombre de cavaliers serait-il à l’heure actuelle si important ?

D’autres dérives encore à ce retour à la nature à tout prix… l’homéopathie pour cheval, vous avez entendu parler ? Sous prétexte qu’il faut se passer des produits industriels forts dosés, l’homéopathie est basée sur l’administration de dose très faible d’un médicament conçu selon le principe de similitude. Voilà le beau placébo, d’ailleurs les deux critères importants pour le choix des produits et des doses sont l’état physique et l’état psychologique du patient. Faut-il encore voir les humains se vautrer dans l’anthropomorphisme pour essayer de deviner dans quel état psychologique est un cheval ??? !!! Donc l’homéopathie n’a aucune efficacité sur les chevaux et les vétérinaires en déconseillent l’usage même si les normes de l’agriculture biologique restreignent l’usage de la médecine conventionnelle.

Dans les médecines alternatives, quelle place laisseront certains à l’ostéopathie ? Créée elle aussi aux Etats Unis à la fin du XIX, elle arrive en masse en France vers les années 60… Que ces manipulations soient plus efficaces qu’un travail bien mené ? Selon quel critère ? Celui de la rapidité de « guérison » ou celui de sa durabilité ? Et quel est le plus important ? Savoir travailler correctement un cheval ou avoir un bricoleur à portée de main pour réparer les dégâts d’un travail mal mené ?

Les chevaux ne sont ni des joujoux, ni des nounours… Ne soyez pas propriétaires d’un cheval si vous êtes économes, radins ou paresseux. ET surtout respectez sa nature, qui n’est pas la même que celle d’un caniche d’appartement.

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